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Le guépard. Giuseppe Tomasi di Lampedusa

Lors de mes études de LCE italien, j’avais étudié Le guépard, de Lampedusa. Nous l’avons étudié en long en large en travers. A tel point qu’au bout de plusieurs mois de décorticage de l’œuvre, j’en avais un peu marre. J’avais l’impression de perdre la substance du roman. Et finalement, je n’aivais pas réussi à apprécier l’œuvre. Mais c’était il y a 18 ans (déjà). Et récemment, j’ai eu envie de le relire, mais cette fois-ci sans d’une traite, sans chercher à décortiquer chaque passage ou trouver tous les sens cachés qui s’y trouvent.
Je suis donc allée à la médiathèque pour l’emprunter en VO.

 

Synopsis

En 1860, une aristocratie décadente et appauvrie, sourde aux bouleversements du monde, règne encore sur la Sicile. Mais le débarquement des troupes de Garibaldi amorce le renversement d’un ordre social séculaire. Conscient de la menace qui pèse sur les siens, le prince de Salina se résigne à accepter l’union de son neveu Tancrède avec la belle Angélique, fille d’un parvenu. Ultime concession qui signe la défaite du Guépard, le blason des Salina…

 

Mon avis

Eh bien, toutes ces années après, j’étais ravie de relire ce chef d’œuvre de la littérature italienne. Parce que dès les premiers instants l’histoire du prince Salina, de Tancrede et d’Angélique m’est revenue en mémoire. Et j’étais heureuse de me replonger dedans, même si ma lecture en Italien fut parfois un peu laborieuse.

Alors c’est quoi ce roman au juste ?

Le guépard, c’est un contexte historique. Nous sommes en plein Risorgimento italien. L’Italie en tant que telle n’existe pas encore. La péninsule est divisée en plusieurs royaumes, dont celui des Deux-Siciles, où se déroule l’action du livre.
Le roman débute juste après l’expédition des milles dirigée par un certain Giuseppe Garibaldi.
Tout au long du roman, le parallèle entre l’Histoire de l’Italie et celle de la famille Salina se fait omniprésent. Les personnages fictifs croisent des figures du Risorgimento. Les actions inventées croisent les faits réels.
J’avoue que j’étais assez contente de découvrir que finalement mes cours de civilisation italienne étaient encore bien présents dans ma mémoire, car je réussissais facilement à me repérer dans le temps. Et si cette époque de l’histoire vous est plus ou mois étrangère, don’t panic ! Car Le guépard ce n’est pas que ça !

Le Guépard, c’est aussi une superbe fresque familiale. Une famille de l’aristocratie Sicilienne qui va vivre là des heures bien tourmentées. Le prince Salina va voir son train de vie rattrapé par l’Histoire qui se met en marche, et notamment par cette République italienne qui pointe le bout de son nez. Et la famille va au passage se voir considérablement ébranlée. L’union de cette famille ne devient finalement qu’apparat. Les discordes vont éclater, les décisions des uns seront réprimandées par les autres… Et pourtant, le prince Salina va rester dans un certain immobilisme très contradictoire avec cette Révolution en marche. L’on comprend alors pourquoi le fait que son neveu Tancredi se soit engagé dans l’armée Garibalidenne est pu l’intriguer. Il faut dire aussi que Tancredi est particulièrement ambitieux… Et comme dit le neveu : « Pour que rien ne change, il faut que tout change ».

Ce roman a quelque chose d’assez unique et intriguant : Il se déroule sur plusieurs décennies, mais chaque chapitre présente une scène se déroulant dans un laps de temps relativement court. Entre 1 demie journée et 5 jours maximum. Entre chaque scène, l’auteur occulte plusieurs mois voir plusieurs années. Et pourtant, je n’ai jamais eu l’impression d’une rupture. Giuseppe Tomasi di Lampedusa arrive à intégrer ces ellispes de temps comme si elles étaient parties intégrantes de l’histoire.
Le Guépard n’est clairement pas un roman d’action. A l’image de son personnage principal, le roman s’avère être dans son ensemble plus passif qu’actif. Pourtant, je ne me suis pas du tout ennuyée en le lisant. Car s’il n’y pas de grandes actions en soit, l’histoire évolue, et les personnages avec elle. On peut suivre les réflexions des personnages, on voit les liens se faire et se défaire, on assiste aux doutes, aux espoirs et aux ambitions de chacun. Et finalement, même si de mes yeux de femme du 21ème siècle je suis convaincue que ce changement historique était nécesaire, j’ai eu un petit petit pincement au cœur pour ce prince de Salina qui voit peu à peu son monde s’écrouler. Et si l’on considère que Le guépard est en quelque sorte une autobiographie de Lampedusa, puisque l’auteur vient lui-même de l’Aristocratie, alors le roman prend une dimension humaine encore plus forte.

Comme je le disais, j’ai lu ce roman dans sa langue originale, l’italien. J’ai trouvé le style assez accessible, même si j’ai parfois eu un peu de mal, mais cela est à mon avis plus dû au fait que j’ai perdu l’habitude de lire en Italien qu’au livre lui-même.

En conclusion, j’étais ravie d’avoir relu cette œuvre fort enrichissante d’un point de vue historique, mais aussi très humaniste dans le traitement de ses personnages.

 

Côté challenge

Pô, le roman d’un fleuve. Paolo Rumiz

Quand j’ai vu dans la liste des livres proposés par la Masse Critique de Babelio, ce livre intitulé « Pô, le roman d’un fleuve ». Je me suis tout de suite dit qu’il fallait que je le coche dans ma sélection. Car j’ai immédiatement eu envie de le lire. D’une part, car cela me changerait de mes lectures de fictions, d’autre part car le livre nous prometttait un voyage en Italie, or un voyage en Italie ne se refuse jamais !! Et si en plus je pouvais en profiter pour découvrir ce pays d’une manière originale, évidemment je signe tout de suite !

 

 

Synopsis

Un voyage à travers le plus grand fleuve d’Italie, mené par l’écrivain italien Paolo Rumiz en compagnie de canoéistes, de bateliers et de pêcheurs. Un voyage à la découverte d’un cours d’eau sauvage fait de rencontres, de nourriture et d’aventures. Une histoire racontée du point de vue du courant, qui se déplace vers le delta et ses magnifiques plages. Pas de plan précis pour ce voyage : juste une rivière, un départ et un point d’arrivée, mais très vite, le voyage devient une histoire, venue de loin, une histoire de mémoire.

 

 

Mon avis

Au fil des pages, Paolo Rumiz nous embarque avec lui dans un voyage sur le plus grand fleuve d’Italie : Le Pô.

 

Un voyage géographique au cœur de la nature.

Du nord au sud, c’est l’Italie qui se dévoile à nos yeux. Un pays industrialisé, rejetant ses marasmes de déchets, jusqu’à en boucher ou en détourner des écluses, oubliant de prendre conscience de l’importance de ce fleuve pour la survie survie du pays, pour leur propre survie. Un pays à la beauté sauvage et préservée, des lieux où la nature est reine, où l’équipage se surprend à chuchoter, de peur de réveiller cette nature si paisible. Cette nature qui ne cesse d’évoluer, une faune et une flore qui, bon gré mal gré, a su s’adapter aux changements imposés par l’Homme et par le temps.

 

Un voyage historique

En remontant le Pô, c’est aussi un voyage à travers l’histoire du pays que nous effectuons. Non pas un voyage chronologique, mais plutôt des mosaïques de l’Histoire qui s’imbriquent les unes aux autres, et font ce qu’est devenue l’Italie que nous connaissons.

 

Un voyage fait de rencontres

Et finalement, c’est certainement le plus important. Car durant leur expéditions, Paolo et ses acolytes vont croiser nombres de gens aux mœurs et aux coutûmes bien différentes, et pourtant tous se revandiquant comme des enfants du fleuve. Que ce soit les zones où les trafics de drogues sont légion, que ce soit ces gens prêts à faire découvrir leurs spécialités gastronomiques, ou encore ces personnes avides de raconter leur histoire et celle de leur famille, qui se mêle si habilement à l’histoire de leur région, toutes ces rencontres vont faire de cette expédition bien plus qu’une simple remontée du fleuve : elles vont lui donner un sens humain, et même émotionnel.

Le récit de Paolo Rumiz se fait poétique, parfois dramatique, souvent agrémenté d’humour. J’ai vraiment pris plaisir à lire ce récit, et à découvrir ce Fleuve finalement bien méconnu. Le livre est agrémenté de cartes géographiques et autres croquis, aidant le lecteur à se situer. Chose que j’ai appréciée afin de pouvoir mieux suivre cette descente du fleuve.

Pô, le roman d’un fleuve est un roman fort plaisant à lire, une très belle découverte pour moi.

Je remercie Babelio et les éditions Hoëbeke de m’avoir permis cette lecture

 

Côté challenge

Challenge en cours chez Eimelle

 

Cinacittà, Tommaso Pincio

C’est lors de dystopiales organisées par les librairies Charybde et Scylla que j’ai fait l’acquisition du roman Cinacittà, de Tommaso Pincio. A vrai dire, je ne connaissais absolument pas cet auteur. Ces dystopiales étaient donc l’occasion pour moi de le découvrir. Mais aussi d’avoir une petite dédicace, puisque Monsieur Pincio était présent.

 

 

 

Synopsis

Il n’y a plus de Romains à Rome. Une canicule infernale s’est abattue sur la ville, forçant ses habitants à fuir vers le Nord. La ville tombe aux mains des Chinois, seuls capables de supporter la chaleur. Un seul Romain est resté : le narrateur, qui vit une existence oisive dans une Rome transformée en Chinatown. Sa vie va prendre un tournant inattendu lorsqu’il tombe amoureux d’une prostituée chinoise, qui sera retrouvée chez lui, assassinée. Condamné à trente ans de prison, il tente de comprendre et de raconter, de sa cellule, comment s’est accompli son destin : l’histoire de la chute d’un homme comme métaphore de la chute d’une ville, celle qui se croyait éternelle.

 

 

Mon avis

Bon. Disons les choses comme elles sont : Ce type là, accusé d’une meurtre, c’est quand même un grand looser !! Le genre à toujours se retrouver où il ne faut pas et surtout quand il ne faut pas. Le genre de gars dont tu te demandes si quelque part, il ne fait pas exprès de se retrouver dans les coups foireux.
Il faut dire aussi que, quand tous tes compatriotes romains ont quitté la ville, et que tu te retrouves être le seul italien parmi les chinois, on est en droit de se demander si tout tourne rond dans ta tête.

Et donc, cet homme dont on ignore le nom ses retrouve accusé du meurtre d’une prostituée. Mais la question qui va tenir le lecteur en haleine est la suivante : A-t-il ou non commis ce meurtre ?
Sauf que ce livre n’est en rien un enquête policière pour tenter de démêler le vrai du faux, mais une sorte d’auto-analyse psychologique faite par l’accusé lui-même. En effet, ce dernier nous livre sans concession ses états d’âmes, ses remords, nous parle de son passé… Il nous raconte sa version des faits concernant ce meurtre. Et bien loin de vouloir s’innocenter à tout prix, son histoire ne fait que mettre le doute au lecteur. Et l’on voit à travers ce récit cette décandence du personnage, comme une résignation face à un destin qu’il pense ne plus lui appartenir.

Mais à travers cet homme, c’est bien sûr la déchéance de la ville éternelle dont il est question. Cette ville abandonnée par ses habitants, préférant la laisser aux mains des chinois. Que ce soit la ville ou bien notre personnage, dans les deux cas nous sommes confrontés à une perte d’identité. Or, l’identité n’est-elle pas justement ce qui nous caractérise, ce qui fait de nous notre singularité ? Et justement, on peut remarquer que ce roman fait la part belle aux références culturelles, notamment des références en raport avec Rome ou l’Italie. Alors, je me suis demandée, n’est-ce pas une façon d’entretenir cette identité, de se raccrocher à quelque chose qui nous appartient ?

L’histoire est sombre, elle nous promet un avenir bien incertain. Non pas la fin du monde, mais plutôt la fin d’un monde.

La plume de l’auteur, quant à elle, je l’ai trouvée belle, parfois poétique, parfois bien crue. Et même s’il y a quelques passages qui m’ont donné l’impression de stagner dans l’histoire, j’ai aimé la façon dont il nous raconte cette décadence de la ville éternelle.

 

Voici la dédicace de l’auteur

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Côté challenge

Le cimetière de Prague. Umberto Eco

C’est grâce à son célébrissime roman Le nom de la rose que j’ai fait la connaissance d’Umberto Eco. J’avais adoré le livre, et d’ailleurs j’envisage de le relire en italien (j’avais aussi adoré le film).
J’étais donc très enthousiaste à lire ce roman qu’est « Le cimetière de Prague ». Sauf que les critiques sur ce dernier ne sont pas toutes très positives. Je dirais même que pas mal sont très mitigées voir négatives. Du coup, j’étais un peu moins enthousiaste… Mais bon. Il me faut plus que des avis pour me dissuader de lire un livre. Surtout si ce livre est déjà dans ma bibliothèque.

 

 

Synopsis

De Turin à Paris, en passant par Palerme, nous croisons une sataniste hystérique, un abbé qui meurt deux fois, quelques cadavres abandonnés dans un égout parisien. Nous assistons à la naissance de l’affaire Dreyfus et à la création de l’évangile antisémite, Les Protocoles des sages de Sion. Nous rencontrons aussi des jésuites complotant contre les francs-maçons, des carbonari étranglant les prêtres avec leurs boyaux. Nous découvrons les conspirations des renseignements piémontais, français, prussien et russe, les massacres dans le Paris de la Commune où l’on se nourrit d’illusions et de rats, les coups de poignard, les repaires de criminels noyés dans les vapeurs d’absinthe, les barbes postiches, les faux notaires, les testaments mensongers, les confraternités diaboliques et les messes noires…

 

 

Mon avis

Une chose est sûre : Umberto Eco aime les complots. Il aime aussi les faussaires. Parce que, tout comme dans Le nom de la rose, dans ce roman il y a des complots, des faussaires, des complots contre les faussaires, des faussaires qui complotent contre… Bref, il se passe plein de choses.
Par où commencer pour vous raconter tout ça ?

Durant ce roman, nous suivons Simon Simonini, homme détestable qui déteste tout ! Les femmes, les francs-maçons, les juifs… Il faut dire aussi qu’il a été élevé par son grand-père, un anti franc-maçon convaincu, mais aussi anti-jésuite, antisémite. Antisémitisme qui va être le fer de lance de la pensée et des actes de Simon. Pour lui, tout est de la faute des juifs, et il serait bon d’y mettre un terme. Cela vous rappelle un épisode très peu glorieux de la moitié du XXème siècle ? Eh oui ! L’auteur nous embarque dans ce qu’on pourrait appeler l’antisémitisme moderne. Notre personnage va donc aller de complots en trahisons et vice-versa. L’auteur nous embarque dans un labyrinthe où s’entremêlent toutes les ficelles de ces complots. Et il faut bien avouer que pour nous, lecteurs, il n’est pas forcément évident de se dépétrer de tout cela.
Certains parlent d’un roman érudit. Et il est vrai que les références historiques y sont légion, mais également les références artistiques scientifiques. Je peux comprendre que pour qui ne connaît pas l’histoire de l’Italie du Risorgimento, qui n’a que vaguement entendu parler de l’expédition des mille par Garibaldi se sente perdu. Moi qui ai fait 3 ans de civilisation italienne à la fac, j’ai pris tout cela comme une piqûre de rappel de tout ce que j’avais appris. En fait, à mesure que je découvrais les éléments, je me disais « ah oui ! ça me revient, il s’est passé ça, ça et ça également ». Et ça, j’ai aimé !

S’il est bien question dans ce roman des début de l’antisémitisme, notamment avec Les protocoles des sages de Sion, Umbert Eco nous propose aussi une rétrospective fort intéressante de cette époque ô combien importante dans l’Histoire de l’Italie.

J’avoue cependant avoir été un peu dérangée par le style d’écriture parfois un peu trop alambiquée. Certaines phrases, bien longues, auraient mérité quelques césures supplémentaires afin de rendre la lecture (déjà bien intense de par la complexité des intrigues) plus fluide et mieux assimilable.
Bon. Je dois admettre que j’ai tout de même préféré Le nom de la rose, mais Le cimetière de Prague reste tout de même une très bonne expérience littéraire pour moi.

 

Côté challenges

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