Harry, l’homme qui ne vous veut pas que du bien

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un film dont la sortie en salle fut plutôt discrète… et surtout très brève, mais qui selon moi aurait mérité d’être mis plus en avant.
Je veux parler de Harry Brown.

Synopsis

Ancien marine à la retraite, Harry Brown vit dans un quartier difficile de Londres. Témoin de la violence quotidienne engendrée par les trafics de toutes sortes, il évite soigneusement toute confrontation et invite son vieil ami Leonard à en faire de même. Le jour où l’inspectrice Frampton lui annonce le meurtre de Leonard, Harry, dévasté, ne peut que constater l’impuissance de la police. Un soir, en rentrant du pub, il se retrouve face à un junkie qui le menace d’un couteau. Malgré les effets de l’alcool, Harry retrouve d’anciens réflexes.

Mon avis

Un film de vengeance, de justicier solitaire.
Un vieux qui veut se venger, tout seul ? Sans l’aide de la police ? Bien sûr j’ai vite fait la comparaison avec Gran Torino. J’ai aussi pensé à Charles Bronson en justicier solitaire… à Madmax… à V pour Vendetta ou encore l’excellentissime Death Sentence, avec l’excellent Kevin Bacon. Enfin tous ces films où il est question de péter la gueule au méchant qui s’en est pris à ses amis, famille, voisins, concierge….

Mais, bien que s’inscrivant dans la lignée des Vigilente Movie, Harry Brown possède quelques particularités, un marque de fabrique et une atmosphère qui en font, selon moi, un film tout à fait différents de ceux sus-cités.
Pourquoi ? Comment ? C’est ce que je vais tenter de vous expliquer dans les lignes suivantes.

Dès les premières images, le spectateur est mis dans l’ambiance du film. Filmée caméra au poing, pardon, portable en main, et sans artifice, les deux premières séquences de cette pellicule lancent dans la figure du spectateur des images d’une violence froide et préméditée. J’ai eu l’impression de m’être pris un gros coup de poing dans le ventre, tant la scène paraît réelle.

Le réalisateur, Daniel Barber, a décidé de frapper fort pour son tout premier long métrage. Nul doute qu’après un tel film, l’homme sera attendu au tournant pour ses prochaines œuvres.

Et même si la suite est filmée de façon plus académique, ce qui frappe est le contexte terriblement réaliste de cette histoire. La violence y est montrée de façon abrupte, sans jamais être banalisée ni glorifiée. Le réalisateur n’a pas cherché à faire beau et consensuel, et surtout aucun panneau n’indique « les méchants sont là et les gentils ici ». Pas de héros, pas d’antihéros.

Parce qu’Harry Brown avant d’être un homme qui va venger son ami, c’est avant tout un vieil homme, las de la vie qui lui en a fait voir des vertes et des pas mûres. Et cela, Michael Caine l’incarne avec brio. Tout dans son comportement, sa démarche, son regard transpire cette vie sur le déclin depuis déjà un certain temps. Nous sommes loin des super héros qui paraissent imbattables, même quand ils sont âgés.

Avec Harry Brown, exit les scènes d’humanité, de tendresse ou d’humour. Quand on rit, c’est jaune et cynique. Harry est tour à tour blasé par cette jeunesse en mal de violence, bouleversé par les épreuves subies, puis en colère, très en colère. En tant que spectateur, on suit cette descente aux enfers qui se fait insidieusement, de façon rapide sans être pour autant brutale. Et on comprend vite que ce vieil homme ne pourra pas aller au bout de sa vengeance sans conséquences.

Barber n’hésite pas d’ailleurs à montrer les faiblesses physiques et mentales de cet homme. Jamais il n’en fait un héros ou, a contrario, un anti héros. Harry Brown est un homme au bout du rouleau, physiquement et moralement, qui a décidé d’agir. Et le réalisateur a eu la formidable intelligence de laisser le spectateur libre de penser si ses actions sont bonnes ou mauvaises.
Moi-même je n’arrivais pas à me décider. D’un côté il y a cet Harry Brown, vieux qui porte le poids du chagrin, d’une vie tourmentée sur ses épaules… cet Harry pour lequel j’ai envie de compatir. De l’autre il y a le Harry Brown qui s’embourbe dans une spirale vengeresse, de façon froide et méthodique, jusqu’à surpasser dans sa barbarie ce qu’il reprochait justement à ses ennemis. Dans ces moments-là, j’ai véritablement eu des frissons qui ma parcourait l’échine.

Cependant, mes frissons n’étaient pas dus uniquement à la psychologie de ce personnage. La façon dont cela a été filmée y joue bien évidemment un rôle primordial.

Ce qui m’a frappée, c’est la lenteur avec laquelle a été filmé cet homme. Je ne parle pas d’une lenteur soporifique de celle qui s’attarde sur une séquence. Non, je veux dire par là que la caméra semble s’adapter aux faits et gestes de ce vieil homme qui n’a plus ses facultés d’il y a 40 ans.

Lorsque la caméra filme Harry Brown, l’image est nette, sans mouvements brusques. Ici, pas de caméra qui tourne à 100 à l’heure autour du personnage pour donner un effet de vertige. L’effet de vertige, pour ma part je l’ai reçu en pleine face en observant cet homme sombre dont l’action méthodique suffisait à faire froid dans le dos. En fait, en utilisant ce processus, le réalisateur ne nous place plus seulement qu’en tant que spectateur, mais véritablement comme témoin de cette agonie psychologique. Et lorsque la caméra se met à la place d’Harry, pour filmer les scènes de son point de vue, ce n’est pas seulement pour nous montrer ce que le vieil homme veut combattre et venger. On peut réellement y voir une interrogation qui dépasse les limites du film pour en faire une réflexion sur le quotidien, non fictif, de certains quartiers de Londres… ou autres villes du monde entier.

En tant qu’amatrice de photographie, je n’ai pu m’empêcher de remarquer la formidable qualité de cette dernière, et notamment les jeux d’ombres et de lumières.

Les séquences de nuit jouent énormément sur la saturation des couleurs. Les images sont souvent proches du sépia. Et si trop souvent on assimile ce procédé à un rendu vieillissant, ici il n’en est rien. Ces images, quasi bichromiques et très contrastées apportent sans en avoir l’air une certaine brutalité au film. La très forte saturation des couleurs vient contrebalancer la lenteur de la caméra et le calme apparent du personnage. Et c’est tout cela réuni qui d’après moi fait de Harry Brown un film foncièrement noir, qui nous happe et nous prend à la gorge.

Je vous ai parlé du personnage principal, mais il serait temps de dire quelque chose à propos des autres acteurs/personnages !!

Outre le fait que j’ai hurlé dans le dedans de ma tête en voyant l’ami de Harry, Léonard « Haaaan, c’est Rusaaaard, dans Harry Potter !! », durant toutes les séquences où il apparaît, j’ai bien ressenti sur son visage la peur grandissante qui vient s’immiscer dans ses veines.

Liam Cunningham incarne parfaitement Sid, ce gérant de café qui semble blasé et non concerné par tous ces trafiques d’armes et d’alcool qui pullulent jusque dans l’établissement. L’évolution de son personnage se fait sous nos yeux, avec un air de ne pas y toucher, jusqu’à exploser en un formidable bouquet final.

Les deux policiers sont interprétés par Emily Mortimer et Charlie Creed-Miles.
La jeune femme incarne plutôt bien cette police débordée par les évènements, ne pouvant plus faire régner l’ordre public dans ses quartiers à l’abandon. Cependant, je l’ai trouvée un peu trop en retenue. Elle manquait
d’après moi d’un certain peps qui aurait rendu plus crédible cette volonté de ne pas céder à cet état de non-action de la police.
Quand à son collègue homme, si au début je l’ai trouvé un peu trop mollasson et manquant de conviction, j’ai peu à peu apprécié ce jeu qui, justement, collait parfaitement à l’état d’esprit du personnage. Cet homme qui quelque part voudrait faire mais n’ose pas… par crainte de la hiérarchie ? Des jeunes de ces quartiers mal famés ?

Et justement, parlons de ces jeunes personnes… et des acteurs.
Oui, quand le personnage de Noel est apparu, je me suis mis à cogiter avec moi-même « Mais putaaaaiiiin, c’est dans quel film que je l’ai vu lui, déjà ? ». Maintenant, je sais que Ben Drew, alias Plan B, ne fait pas que chanter « she said », mais joue aussi la comédie. Et il le fait de façon très convaincante. Son interprétation du rôle de mauvais garçon frôle parfois avec les clichés des personnages de ce genre, sans toutefois franchir la ligne. De ce fait, le personnage en devient plus crédible et donc plus mauvais encore.

Enfin, je dois vous mentionner ce personnage drogué de Stretch, interprété par Sean Harris. Pour ma part, c’était la première fois que je voyais cet acteur, même si son nom ne n’était pas du tout inconnu.

 

Au final, Harry Brown est un film glauque et violent, qui se regarde plus volontiers dans un environnement sombre, dans une salle obscure ou alors rideaux tirés et lumière au minimum.
Il est vrai que ce film n’apporte rien de vraiment nouveau au niveau cinématographique. Que ce soit au niveau de la trame de l’histoire (un homme est tué, l’ami le venge), des thèmes abordés (vengeance, société en mal être, drogue…) ou de l’évolution physique et psychologique du personnage principal, tout cela a déjà été abordé maintes fois auparavant.
Toutefois, Harry Brown n’est pas à classer dans la catégorie « un film parmi tant d’autres du genre ». L’excellent jeu des acteurs, la qualité photographique, mais surtout la façon dont la caméra s’imprègne de l’atmosphère, en font un film de très haute qualité.

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Une réflexion sur “Harry, l’homme qui ne vous veut pas que du bien

  1. Effectivement, il n’a pas fait un carton au box-office mais j’avais très envie d’aller le voir quand il est sorti. Faute de temps, je ne l’ai finalement pas vu ! Mais ton article m’y refait penser alors je vais me le noter. Merci ! 🙂

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